DECLARATION DES DROITS DE LA FEMME ET DE LA CITOYENNE (1791)

Olympe de Gouges (1748-1793)

 

I. LA FEMME NAIT LIBRE ET DEMEURE EGALE A L'HOMME EN DROITS. LES DISTINCTIONS SOCIALES NE PEUVENT ETRE FONDEES QUE SUR L'UTILITE COMMUNE.


II. LE BUT DE TOUTE ASSOCIATION POLITIQUE EST LA CONSERVATION DES DROITS NATURELS ET IMPRESCRIPTIBLES DE LA FEMME ET DE L'HOMME: CES DROITS SONT LA LIBERTE, LA PROPRIETE, LA SURETE, ET SURTOUT LA RESISTANCE A L'OPPRESSION.

III. LE PRINCIPE DE TOUTE SOUVERAINETE RESIDE ESSENTIELLEMENT DANS LA NATION, QUI N'EST QUE LA REUNION DE LA FEMME ET DE L'HOMME: NUL CORPS, NUL INDIVIDU, NE PEUT EXERCER D'AUTORITE QUI N'EN EMANE EXPRESSEMENT.

IV. LA LIBERTE ET LA JUSTICE CONSISTENT A RENDRE TOUT CE QUI APPARTIENT A AUTRUI; AINSI L'EXERCICE DES DROITS NATURELS DE LA FEMME N'A DE BORNES QUE LA TYRANNIE PERPETUELLE QUE L'HOMME LUI OPPOSE; CES BORNES DOIVENT ETRE REFORMEES PAR LES LOIS DE LA NATURE ET DE LA RAISON.

V. LES LOIS DE LA NATURE DE LA RAISON DEFENDENT TOUTES ACTIONS NUISIBLES A LA SOCIETE: TOUT CE QUI N'EST PAS DEFENDU PAR CES LOIS, SAGES ET DIVINES, NE PEUT-ETRE EMPECHE, ET NUL NE PEUT-ETRE CONTRAINT A FAIRE CE QU'ELLES N'ORDONNENT PAS.

VI. LA LOI DOIT ETRE L'EXPRESSION DE LA VOLONTE GENERALE; TOUTES CITOYENNES ET CITOYENS DOIVENT CONCOURIR PERSONNELLEMENT, OU PAR LEURS REPRESENTANTS, A SA FORMATION; ELLE DOIT ETRE LA MEME POUR TOUS: TOUTES LES CITOYENNES ET TOUS LES CITOYENS, ETANT EGAUX A SES YEUX, DOIVENT ETRE EGALEMENT ADMISSIBLES A TOUTES DIGNITES, PLACES ET EMPLOIS PUBLICS, SELON LEURS CAPACITES, ET SANS AUTRES DISTINCTIONS QUE CELLES DE LEURS VERTUS ET DE LEURS TALENTS.

VII. NULLE FEMME N'EST EXCEPTEE; ELLE EST ACCUSEE, ARRETEE, ET DETENUE DANS LES CAS DETERMINES PAR LA LOI. LES FEMMES OBEISSENT COMME LES HOMMES A CETTE LOI RIGOUREUSE.

VIII. LA LOI NE DOIT ETABLIR QUE DES PEINES STRICTEMENT ET EVIDEMMENT NECESSAIRES, ET NUL NE PEUT ETRE PUNI QU'EN VERTU D'UNE LOI ETABLIE ET PROMULGUEE ANTERIEUREMENT AU DELIT ET LEGALEMENT APPLIQUEE AUX FEMMES.

IX. TOUTE FEMME ETANT DECLAREE COUPABLE, TOUTE RIGUEUR EST EXERCEE PAR LA LOI.

X. NUL NE DOIT ETRE INQUIETE POUR SES OPINIONS MEMES FONDAMENTALES, LA FEMME A LE DROIT DE MONTER SUR L'ECHAFAUD; ELLE DOIT AVOIR EGALEMENT CELUI DE MONTER A LA TRIBUNE; POURVU QUE SES MANIFESTATIONS NE TROUBLENT PAS L'ORDRE PUBLIC ETABLI PAR LA LOI.

XI. LA LIBRE COMMUNICATION DES PENSEES ET DES OPINIONS EST UN DES DROITS LES PLUS PRECIEUX DE LA FEMME, PUISQUE CETTE LIBERTE ASSURE LA LEGITIMITE DES PERES ENVERS LES ENFANTS. TOUTE CITOYENNE PEUT DONC DIRE LIBREMENT, JE SUIS MERE D'UN ENFANT QUI VOUS APPARTIENT, SANS QU'UN PREJUGE BARBARE LA FORCE A DISSIMULER LA VERITE; SAUF A REPONDRE DE L'ABUS DE CETTE LIBERTE DANS LES CAS DETERMINES PAR LA LOI.

XII. LA GARANTIE DES DROITS DE LA FEMME ET DE LA CITOYENNE NECESSITE UNE UTILITE MAJEURE; CETTE GARANTIE DOIT ETRE INSTITUEE POUR L'AVANTAGE DE TOUS, ET NON POUR L'UTILITE PARTICULIERE DE CELLES A QUI ELLE EST CONFIEE.

XIII. POUR L'ENTRETIEN DE LA FORCE PUBLIQUE, ET POUR LES DEPENSES D'ADMINISTRATION, LES CONTRIBUTIONS DE LA FEMME ET DE L'HOMME SONT EGALES; ELLE A PART A TOUTES LES CORVEES, A TOUTES LES TACHES PENIBLES; ELLE DOIT DONC AVOIR DE MEME PART A LA DISTRIBUTION DES PLACES, DES EMPLOIS, DES CHARGES, DES DIGNITES ET DE L'INDUSTRIE.

XIV. LES CITOYENNES ET CITOYENS ONT LE DROIT DE CONSTATER PAR EUX-MEMES, OU PAR LES REPRESENTANTS, LA NECESSITE DE LA CONTRIBUTION PUBLIQUE. LES CITOYENNES NE PEUVENT Y ADHERER QUE PAR L'ADMISSION D'UN PARTAGE EGAL, NON SEULEMENT DANS LA FORTUNE, MAIS ENCORE DANS L'ADMINISTRATION PUBLIQUE, ET DE DETERMINER LA QUOTITE, L'ASSIETTE, LE RECOUVREMENT ET LA DUREE DE L'IMPOT.

XV. LA MASSE DES FEMMES, COALISEE POUR LA CONTRIBUTION A CELLE DES HOMMES, A LE DROIT DE DEMANDER COMPTE, A TOUT AGENT PUBLIC, DE SON ADMINISTRATION.

XVI. TOUTE SOCIETE, DANS LAQUELLE LA GARANTIE DES DROITS N'EST PAS ASSUREE, NI LA SEPARATION DES POUVOIRS DETERMINEE, N'A POINT DE CONSTITUTION; LA CONSTITUTION EST NULLE, SI LA MAJORITE DES INDIVIDUS QUI COMPOSENT LA NATION, N'A PAS COOPERE A SA REDACTION.

XVII. LES PROPRIETES SONT A TOUS LES SEXES REUNIS OU SEPARES; ELLES ONT POUR CHACUN UN DROIT INVIOLABLE ET SACRE; NUL NE PEUT EN ETRE PRIVE COMME VRAI PATRIMOINE DE LA NATURE, SI CE N'EST LORSQUE LA NECESSITE PUBLIQUE, LEGALEMENT CONSTATEE, L'EXIGE EVIDEMMENT, ET SOUS LA CONDITION D'UNE JUSTE ET PREALABLE INDEMNITE.

FEMME, REVEILLE-TOI!